Le cadre légal de la sécurité privée en France
L'exercice d'une activité de sécurité privée en France est strictement encadré par la loi. Toute agence de gardiennage, de surveillance humaine ou d'intervention doit opérer dans le respect d'un corpus juridique précis, codifié principalement dans le Code de la sécurité intérieure.
Le Livre VI du Code de la sécurité intérieure
Le texte de référence est le Livre VI du Code de la sécurité intérieure, qui regroupe les articles L611-1 à L617-19. Ce livre définit l'ensemble des activités relevant de la sécurité privée, les conditions d'exercice, les obligations des entreprises et de leurs salariés, ainsi que les sanctions applicables en cas de manquement.
Concrètement, ce livre couvre cinq grandes activités qui doivent toutes être autorisées : la surveillance et le gardiennage (article L611-1, 1°), le transport de fonds, la protection physique des personnes, la protection de navires, et plus récemment la cybersurveillance.
À retenir
Une agence de sécurité privée n'est jamais une entreprise comme une autre. Elle exerce une mission qui touche à l'ordre public et à la sécurité des personnes : son cadre légal est donc plus strict qu'un commerce ordinaire. Cette spécificité justifie l'existence du CNAPS et l'ensemble des obligations détaillées dans ce guide.
Les textes de référence à connaître
Au-delà du Code de la sécurité intérieure, plusieurs textes complètent le cadre légal :
- La Convention collective IDCC 1351 des entreprises de prévention et de sécurité, qui régit les relations de travail dans le secteur
- Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), applicable à toute collecte de données personnelles, notamment celles des agents et des clients
- Le Code du travail pour les règles générales d'emploi et les durées maximales de travail
- Les arrêtés et décrets d'application précisant les conditions techniques (formations SSIAP, palpations de sécurité, port d'arme)
Source : Légifrance, Code de la sécurité intérieure, Livre VI
Le rôle du CNAPS dans la régulation du secteur
Le Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS) est l'autorité administrative qui régule l'ensemble des activités de sécurité privée en France. Créé en 2012, il est rattaché au ministère de l'Intérieur. Son rôle : autoriser, contrôler et sanctionner.
Les trois missions du CNAPS
Le CNAPS exerce trois missions principales, codifiées aux articles L632-1 et suivants du Code de la sécurité intérieure :
- Délivrer les autorisations administratives : agréments des dirigeants, autorisations d'exercice des entreprises, cartes professionnelles des agents
- Contrôler les agences et les agents sur le terrain (sites surveillés, locaux d'exploitation, registres) et sur pièces (conformité documentaire)
- Sanctionner les manquements par des avertissements, amendes administratives, suspensions ou retraits d'autorisation
L'autorisation d'exercer : un préalable obligatoire
Aucune activité de sécurité privée ne peut être exercée sans autorisation administrative préalable du CNAPS (article L612-9). Cette autorisation est délivrée à l'entreprise (et non au dirigeant à titre personnel), après vérification d'un dossier complet : justificatifs d'assurance, locaux, dirigeant agréé, capital social.
Pour le dirigeant, un agrément distinct est requis. Cet agrément est délivré sous condition de moralité (extrait B2 du casier judiciaire vierge sur les infractions visées) et de qualifications professionnelles (article L612-7).
Attention
Exercer une activité de sécurité privée sans autorisation est passible de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (article L617-4 du Code de la sécurité intérieure). C'est l'une des sanctions pénales les plus sévères du dispositif. Elle s'applique aussi en cas d'autorisation suspendue ou retirée.
Le rôle de la commission interrégionale d'agrément et de contrôle
Concrètement, le CNAPS s'appuie sur des commissions interrégionales d'agrément et de contrôle (CIAC), qui instruisent les dossiers et statuent sur les sanctions. Chaque agence est rattachée à la CIAC de sa région d'implantation. Ce sont ces commissions qui délivrent les autorisations et qui peuvent vous convoquer en cas de contrôle.
Source : Articles L612-7, L612-9, L617-4 et L632-1 du Code de la sécurité intérieure
Les cartes professionnelles : la base de la conformité agent
Aucun agent ne peut exercer une mission de sécurité privée sans carte professionnelle CNAPS valide. C'est la pierre angulaire de la conformité d'une agence : un agent sans carte, ou avec une carte expirée, expose l'agence à des sanctions immédiates.
À qui s'adresse la carte professionnelle ?
La carte professionnelle est obligatoire pour toute personne exerçant une activité de surveillance, gardiennage, transport de fonds, protection physique des personnes ou cybersurveillance, qu'elle soit salariée d'une agence ou indépendante. Elle est délivrée par le CNAPS, à titre individuel.
Les conditions d'obtention
Pour obtenir sa carte professionnelle, l'agent doit remplir quatre conditions cumulatives :
- Être de nationalité française, ressortissant d'un État membre de l'UE, ou disposer d'un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle
- Justifier de son aptitude professionnelle par un titre, diplôme ou qualification reconnu (le TFP APS — Titre à Finalité Professionnelle Agent de Prévention et de Sécurité — est le plus courant)
- Présenter un extrait B2 du casier judiciaire vierge sur les infractions limitativement énumérées par l'article L612-20 du Code de la sécurité intérieure
- Justifier d'une aptitude médicale compatible avec l'exercice de la profession
Durée de validité et renouvellement
La carte professionnelle est délivrée pour une durée de 5 ans. Au-delà, elle doit être renouvelée. L'agent doit alors prouver qu'il a suivi sa Maintenance et Actualisation des Compétences (MAC) dans les 24 mois précédant le renouvellement, conformément à l'arrêté du 27 février 2017.
Bonne pratique
Anticipez le renouvellement au moins 3 mois avant l'échéance. Le délai d'instruction CNAPS peut atteindre 4 à 8 semaines, et un agent dont la carte arrive à expiration ne peut plus être déployé pendant l'attente. Un suivi automatisé des dates d'échéance évite ce blocage opérationnel.
Conséquences d'une carte expirée ou retirée
Un agent sans carte professionnelle valide ne peut en aucun cas être affecté à une mission. Le déployer expose l'agence à :
- Une sanction pénale pour l'employeur : 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende au titre de l'article L617-7 du Code de la sécurité intérieure (fait d'employer une personne sans carte professionnelle)
- Pour l'agent qui exerce sans carte : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende au titre de l'article L617-8
- Une sanction administrative du CNAPS pouvant aller jusqu'à 150 000 € pour la personne morale et 7 500 € pour une personne physique salariée, conformément à l'article L634-7 du Code de la sécurité intérieure
- Un retrait ou une suspension de l'autorisation d'exercer de l'agence
- Une mise en cause de la responsabilité personnelle du dirigeant, civilement et pénalement
Source : Articles L612-20, L612-21, R612-3-1, L617-7, L617-8 et L634-7 du Code de la sécurité intérieure ; arrêté du 27 février 2017 sur la formation continue
Les habilitations spécialisées : SSIAP, SST, palpation, cynophile
Au-delà de la carte professionnelle, certaines missions exigent des habilitations spécialisées distinctes. Affecter un agent à une mission qui dépasse ses qualifications expose l'agence à un risque réglementaire et à un risque assurantiel direct en cas d'incident.
Le SSIAP : sécurité incendie et assistance à personnes
Les agents intervenant sur des établissements recevant du public (ERP) ou des immeubles de grande hauteur (IGH) doivent disposer d'une qualification SSIAP (Service de Sécurité Incendie et d'Assistance à Personnes). Trois niveaux existent :
- SSIAP 1 : agent de service de sécurité incendie
- SSIAP 2 : chef d'équipe de service de sécurité incendie
- SSIAP 3 : chef de service de sécurité incendie
Le SSIAP est régi par l'arrêté du 2 mai 2005 modifié. Comme la carte professionnelle, il doit être maintenu actualisé par des recyclages périodiques.
La palpation de sécurité
Pour exercer la palpation (notamment lors d'événements rassemblant plus de 300 personnes), l'agent doit disposer d'une qualification spécifique et l'agence d'une autorisation préalable du préfet précisant les lieux et la période d'exercice. Le périmètre est encadré par les articles L613-2 et R613-6 du Code de la sécurité intérieure.
Le cynophile : maître-chien
Les agents cynophiles exerçant avec un chien doivent justifier d'une qualification spécifique et de l'inscription du chien dans les conditions définies aux articles L614-1 et suivants. L'animal doit également être identifié, vacciné et conforme aux règles applicables aux chiens de catégorie 1 ou 2 le cas échéant.
Le SST : sauveteur secouriste du travail
Le SST (Sauveteur Secouriste du Travail) n'est pas une exigence du Code de la sécurité intérieure mais une bonne pratique recommandée par le Code du travail dans le cadre de l'organisation des secours en entreprise. Cette qualification est délivrée par l'INRS, valable 24 mois et soumise à un recyclage régulier. Pour les agences de sécurité privée, c'est un atout opérationnel : un agent SST peut intervenir efficacement sur un malaise ou un accident sur site, en attendant les secours.
Risque opérationnel
En cas d'incident sur site avec un agent non habilité pour la mission concernée (SSIAP exigé non détenu, palpation effectuée sans qualification), l'assurance peut refuser sa garantie. La responsabilité financière retombe alors directement sur l'agence et son dirigeant.
Source : Arrêté du 2 mai 2005 modifié (SSIAP), articles L613-2 et L614-1 du Code de la sécurité intérieure
La convention collective IDCC 1351 : ce qu'elle impose
La Convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité (IDCC 1351) régit l'ensemble des relations de travail dans le secteur. Elle s'impose à toute agence dont l'activité principale relève de la sécurité privée, et son application est opposable en cas de contentieux prud'homal.
Champ d'application
L'IDCC 1351 s'applique à toutes les entreprises dont l'activité principale relève du code NAF 80.10Z (activités de sécurité privée), qui couvre la surveillance et le gardiennage, le transport de fonds, la sûreté aérienne et aéroportuaire, la sécurité événementielle ainsi que la télésurveillance. Elle couvre l'ensemble des salariés du secteur, quel que soit leur statut (CDI, CDD, intérim) — environ 160 000 salariés et 3 000 entreprises sont concernés en France.
Les majorations spécifiques
L'IDCC 1351 prévoit plusieurs majorations propres au secteur, qui s'ajoutent au salaire de base :
- Heures de nuit : +10 % du taux horaire minimum conventionnel pour le travail entre 21h et 6h (hors sûreté aéroportuaire qui applique +25 %), avec en plus un repos compensateur de 1 % par heure de nuit travaillée
- Travail du dimanche : majoration spécifique de +10 %, cumulable avec celle de nuit (soit +20 % pour une heure de nuit dominicale)
- Jours fériés travaillés : indemnité égale au montant du salaire correspondant au travail effectué (équivalente à +100 %), ou choix d'un repos équivalent à prendre dans le mois suivant
- Prime de panier versée pour les vacations de longue durée incluant un repas
- Prime d'habillage et de déshabillage liée au port d'une tenue spécifique
- Prime d'ancienneté pour le personnel non cadre, démarrant à 2 % après 4 ans d'ancienneté et progressant jusqu'à 15 % après 20 ans
Les taux exacts sont régulièrement revus par avenant. Il est essentiel de consulter la version en vigueur sur Légifrance pour appliquer les bons taux.
Durées maximales et repos
Le secteur a obtenu des dérogations spécifiques pour répondre aux contraintes opérationnelles, notamment pour les vacations de 12 heures qui sont une norme courante :
- Durée quotidienne maximale pouvant atteindre 12 heures dans certaines conditions
- Durée hebdomadaire maximale moyenne de 44 heures sur une période de 12 semaines consécutives
- Repos quotidien minimum de 11 heures consécutives entre deux vacations
- Interruption d'activité de 10 heures obligatoire en cas de passage d'un service de nuit à un service de jour ou inversement
- Repos hebdomadaire conforme au Code du travail, avec 2 dimanches de repos par mois en moyenne sur une période de 3 mois pour les salariés à temps plein
- Durée minimale de période de travail portée à 6 heures consécutives depuis l'avenant de novembre 2024
Pourquoi c'est crucial
Les erreurs de calcul des majorations IDCC 1351 sont l'une des principales sources de contentieux prud'homaux et de redressements URSSAF dans le secteur. Une majoration nuit oubliée sur 12 mois pour 20 agents représente plusieurs milliers d'euros de rappels potentiels. Un suivi automatisé via un logiciel de relevé d'heures conforme IDCC 1351 supprime cette source de risque.
Le compte épargne-temps et les congés payés
L'IDCC 1351 prévoit également des dispositions spécifiques pour le compte épargne-temps, le calcul des congés payés (avec prise en compte des majorations dans l'indemnité de congé) et les jours pour événements familiaux. Ces points sont souvent à l'origine d'erreurs de paie : ils méritent une attention particulière au moment de l'établissement des bulletins.
Source : Convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité (IDCC 1351) sur Légifrance
La main courante : valeur juridique et obligations de traçabilité
La main courante est le registre dans lequel les agents consignent les événements observés en mission. Au-delà de l'usage opérationnel, elle a une valeur probante qui peut être déterminante en cas de contentieux client, de sinistre assurance ou de contrôle CNAPS.
Une obligation de traçabilité qui découle de plusieurs textes
Aucun texte n'impose de manière directe et générale la tenue d'une main courante dans la sécurité privée, mais plusieurs obligations convergentes la rendent indispensable :
- L'article L612-14 du Code de la sécurité intérieure impose au dirigeant un devoir de surveillance de l'exécution des prestations
- Les contrats avec les donneurs d'ordre exigent quasi systématiquement un reporting détaillé des interventions
- Les polices d'assurance professionnelle conditionnent leur garantie à l'existence d'une traçabilité opposable
- En cas de contentieux pénal (incident sur site), la main courante est l'un des premiers éléments demandés par les enquêteurs
Main courante papier ou main courante numérique ?
Les deux formes ont la même valeur juridique, dès lors que la main courante numérique respecte trois conditions cumulatives : horodatage fiable, inaltérabilité du contenu une fois saisi, et archivage sécurisé. Une main courante numérique qui horodate au serveur et chiffre les enregistrements est en réalité plus opposable qu'un cahier papier, qui peut être contesté pour cause de réécriture, de pages arrachées ou d'écriture illisible.
Que doit contenir une main courante ?
Pour avoir une valeur probante, chaque entrée doit comporter les éléments suivants :
- Date et heure précises de l'événement, horodatées de manière non modifiable
- Identité de l'agent rédacteur (nom, numéro de carte professionnelle)
- Lieu de l'événement (site, zone, point de contrôle)
- Type d'événement (ronde, anomalie, incident, contrôle d'accès, intervention)
- Description factuelle, sans interprétation ni jugement de valeur
- Photos ou pièces jointes le cas échéant, également horodatées
Durée de conservation
Aucun délai légal explicite n'existe, mais la pratique professionnelle et les délais de prescription imposent de conserver les mains courantes au minimum 5 ans. C'est aussi la durée habituelle exigée par les contrats avec les donneurs d'ordre publics et les grands comptes. Pour les incidents ayant donné lieu à un litige, la conservation peut être étendue à 10 ans.
Cas pratique
Un agent rédige une main courante à 3h22 du matin signalant une anomalie sur un quai logistique. Trois mois plus tard, le client conteste la qualité de la surveillance. Avec un cahier papier, l'agence doit retrouver le bon registre, scanner la bonne page, espérer que l'écriture est lisible. Avec une main courante numérique, la même information est retrouvée et exportée en PDF certifié en 30 secondes. Le contentieux est tranché net.
Source : Article L612-14 du Code de la sécurité intérieure, jurisprudence en matière de preuve numérique
Le RGPD appliqué à une agence de sécurité privée
Une agence de sécurité privée traite des données personnelles sensibles en quantité : identité des agents, numéros de cartes professionnelles, géolocalisation des prises de poste, parfois même images de vidéosurveillance. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) s'applique pleinement à ces traitements.
Les obligations de base
Toute agence de sécurité privée doit, au minimum, mettre en place :
- Un registre des activités de traitement recensant l'ensemble des données collectées (agents, clients, prospects), leurs finalités, leur durée de conservation et leurs destinataires
- Une politique de confidentialité publiée sur le site web, accessible à tout moment
- Des mentions d'information remises aux agents au moment de leur embauche, expliquant quelles données sont collectées et pourquoi
- Un contrat de sous-traitance RGPD avec chaque éditeur de logiciel ou prestataire qui accède aux données (article 28 du RGPD)
La géolocalisation des agents : un sujet sensible
La géolocalisation continue des agents est strictement encadrée. La CNIL rappelle régulièrement que cette pratique doit être proportionnée, justifiée par une finalité légitime (sécurité de l'agent isolé, optimisation des tournées, suivi du temps de travail) et limitée au temps de service. Plusieurs règles strictes s'imposent :
- La collecte de données de localisation hors temps de travail est interdite (délibération CNIL n°2015-165), notamment lors des trajets domicile-travail ou des temps de pause
- Le salarié doit pouvoir désactiver le dispositif en dehors de son temps de travail
- La durée de conservation par défaut est de 2 mois, extensible à 1 an pour preuve d'intervention, et 5 ans uniquement pour le suivi du temps de travail
- L'information préalable des salariés et des instances représentatives du personnel est obligatoire
- Le détournement de finalité (utiliser la géolocalisation à d'autres fins que celles déclarées) est illicite et a déjà fait l'objet d'arrêts de la Cour de cassation en 2024
Les droits des agents
Les agents disposent, comme tout salarié, de plusieurs droits qu'ils peuvent exercer à tout moment :
- Droit d'accès à leurs données personnelles
- Droit de rectification en cas d'erreur
- Droit à l'effacement dans les conditions prévues par le RGPD
- Droit à la portabilité de leurs données
- Droit d'opposition à certains traitements
Un point de contact RGPD doit être désigné dans l'agence pour répondre à ces demandes dans un délai d'un mois.
Hébergement des données : la question de la souveraineté
Le RGPD n'impose pas un hébergement en France ou en Europe, mais il impose des garanties contractuelles strictes en cas de transfert hors UE. En pratique, pour les agences travaillant avec des donneurs d'ordre publics ou des grands comptes, un hébergement français ou européen est de plus en plus exigé contractuellement. Cela évite aussi les risques liés au Cloud Act américain.
Sanctions RGPD
La CNIL peut prononcer des amendes administratives jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise (le montant le plus élevé étant retenu). Pour une PME, les sanctions effectives sont généralement plus modérées, mais elles peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros et s'accompagnent d'une publication des décisions, avec un impact d'image significatif.
Source : Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD), recommandations CNIL
Que se passe-t-il en cas de contrôle CNAPS ?
Le CNAPS effectue régulièrement des contrôles inopinés dans les agences de sécurité privée. La meilleure préparation, c'est une conformité quotidienne qui ne demande pas de préparation spécifique le jour du contrôle.
Les types de contrôles
Le CNAPS exerce trois formes de contrôles :
- Contrôle sur pièces : envoi d'un courrier demandant la communication de documents (registres du personnel, contrats, mains courantes, fiches de paie)
- Contrôle sur place dans l'agence : visite des locaux d'exploitation avec vérification documentaire approfondie
- Contrôle sur site (chez le client) : vérification des agents en poste, de leurs cartes professionnelles, de leur tenue, du registre de prestation
Les documents à pouvoir présenter immédiatement
En cas de contrôle, plusieurs documents doivent être disponibles sans délai :
- L'autorisation d'exercer de l'agence et l'agrément du dirigeant
- Le registre du personnel à jour
- Les cartes professionnelles de tous les agents employés (originaux ou copies certifiées conformes)
- Les contrats de travail et bulletins de salaire
- Le registre des prestations ou les contrats clients en cours
- Les mains courantes des sites contrôlés sur la période demandée
- L'attestation d'assurance professionnelle
- Le registre RGPD et la politique de confidentialité
L'échelle des sanctions
En cas de manquement constaté, le CNAPS peut prononcer, dans le cadre de l'article L634-7 du Code de la sécurité intérieure (issu de l'ordonnance du 30 mars 2022) :
- Un avertissement simple, qui reste inscrit au dossier de l'agence
- Un blâme, sanction plus formelle
- L'interdiction d'exercice à titre temporaire pour une durée pouvant aller jusqu'à 7 ans
- Une pénalité financière pouvant atteindre 150 000 € pour une personne morale ou une personne physique non salariée, et 7 500 € pour une personne physique salariée
Au-delà des sanctions disciplinaires, des sanctions pénales distinctes peuvent s'appliquer : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende pour exercice sans autorisation (L617-4), 2 ans et 30 000 € pour emploi d'un agent sans carte (L617-7), 1 an et 15 000 € pour le non-respect d'une interdiction temporaire d'exercer (article L634-5 ancien, désormais codifié dans le titre III du livre VI).
Les décisions du CNAPS peuvent être contestées devant le tribunal administratif compétent, mais la procédure peut durer plusieurs mois pendant lesquels la sanction reste applicable.
Bonne pratique
La centralisation numérique de tous les documents conformité dans un outil unique transforme un contrôle CNAPS d'une journée stressante en quelques heures bien organisées. Cartes professionnelles à jour, mains courantes recherchables par site et par date, registre du personnel exportable : l'inspecteur repart avec un dossier propre, et l'image de l'agence en sort renforcée.
Source : Articles L634-1 à L634-15, L617-4 à L617-8 du Code de la sécurité intérieure ; ordonnance n°2022-448 du 30 mars 2022
La responsabilité du dirigeant : civile, pénale, professionnelle
Diriger une agence de sécurité privée, c'est accepter une responsabilité particulière. Le dirigeant n'est pas un simple gestionnaire : il assume personnellement la conformité de ses agents et la qualité des prestations délivrées. Cette responsabilité se décline en trois plans.
La responsabilité civile
L'agence est responsable des dommages causés par ses agents dans l'exercice de leur mission. Cette responsabilité peut être recherchée par :
- Le client donneur d'ordre en cas de manquement contractuel (vol non détecté, prestation non conforme)
- Un tiers ayant subi un préjudice (visiteur blessé sur un site mal surveillé, par exemple)
- Un salarié en cas de manquement aux obligations sociales ou de sécurité au travail
L'assurance de responsabilité civile professionnelle est obligatoire et doit être attestée annuellement au CNAPS. Mais elle ne couvre pas tout : certaines fautes lourdes ou intentionnelles peuvent en être exclues, ramenant la charge financière sur l'agence.
La responsabilité pénale
Le dirigeant peut voir sa responsabilité pénale personnelle engagée dans plusieurs hypothèses :
- Exercice sans autorisation ou avec autorisation suspendue ou retirée (3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, article L617-4)
- Emploi d'un agent sans carte professionnelle valide (2 ans et 30 000 €, article L617-7)
- Fausses déclarations au CNAPS
- Manquements aux obligations de surveillance et de contrôle de l'exécution des prestations (article L612-14)
- Travail dissimulé ou non-respect des durées maximales de travail
La responsabilité professionnelle vis-à-vis du CNAPS
Indépendamment des sanctions civiles et pénales, le dirigeant peut faire l'objet de sanctions administratives propres du CNAPS : retrait de son agrément personnel, interdiction d'exercer dans le secteur pour une durée allant jusqu'à 7 ans. Cette dimension est souvent sous-estimée alors qu'elle peut mettre fin à une carrière dans le secteur.
Comment se protéger en pratique
Plusieurs réflexes réduisent significativement le risque :
- Tracer toutes les vérifications faites au moment de l'embauche (carte pro, casier, aptitude médicale)
- Documenter le suivi des habilitations (échéances, MAC, formations recyclées)
- Bloquer techniquement l'affectation d'un agent dont les conditions d'exercice ne sont plus remplies
- Conserver les mains courantes de manière inaltérable et recherchable
- Souscrire une assurance RC professionnelle robuste et la maintenir à jour sans interruption
Point important
L'argument "je ne savais pas" n'a pratiquement aucune valeur dans la sécurité privée. La loi présume que le dirigeant connaît ses obligations et qu'il est en mesure de les faire respecter par ses agents. L'ignorance n'est pas une défense. Seul un système de suivi rigoureux et opposable peut prouver la diligence du dirigeant.
Source : Articles L612-14, L617-4 à L617-12, L634-7 du Code de la sécurité intérieure ; Code civil article 1242
Checklist : êtes-vous conforme ?
Voici un auto-diagnostic en 15 questions pour évaluer le niveau de conformité actuel de votre agence. Si vous répondez "non" ou "je ne sais pas" à plus de 3 questions, votre niveau de risque est significatif. Cette checklist couvre les points les plus contrôlés en cas d'inspection.
Autorisations et agréments
- L'autorisation d'exercer de l'agence est en cours de validité et accessible immédiatement
- L'agrément personnel du dirigeant est à jour
- L'attestation d'assurance RC professionnelle est valide et à jour
Cartes professionnelles et habilitations
- Tous les agents en poste ont une carte professionnelle CNAPS valide
- Les dates d'expiration des cartes pro sont suivies avec un système d'alerte
- Aucun agent affecté à un poste qui dépasse ses qualifications (SSIAP, palpation)
- Les MAC (Maintenance Actualisation Compétences) sont planifiées
Conformité IDCC 1351
- Les majorations nuit, dimanche et fériés sont calculées correctement
- Les durées maximales et repos minimums sont respectés et vérifiables
- Les bulletins de paie reflètent l'ensemble des primes conventionnelles
Traçabilité et main courante
- Les mains courantes sont horodatées de manière inaltérable
- Un événement passé peut être retrouvé en moins de 5 minutes
- L'archivage est sécurisé sur au moins 5 ans
RGPD
- Le registre des traitements RGPD est tenu et à jour
- Les données sont hébergées dans des conditions conformes (idéalement en France ou UE)
MC TRACKER est conçu pour qu'une agence de sécurité privée soit conforme par défaut, sans avoir à y penser au quotidien. Quatre fonctions clés couvrent l'essentiel des obligations détaillées dans ce guide :
Suivi automatique des cartes professionnelles CNAPS avec alertes avant expiration et blocage de l'affectation pour les agents non conformes. Calcul automatisé du relevé d'heures selon l'IDCC 1351, avec toutes les majorations intégrées. Main courante numérique horodatée et inaltérable, opposable juridiquement et conservée 5 ans. Hébergement en France conforme RGPD, avec exports complets disponibles à tout moment.
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